Sixième étape: Aix-Crète

 

 

Le lendemain, je repars avec un mal de bloc.  L’attente n’est pas longue : un bus de hippies s’arrête.

 

-       Merci, je vais en Italie, où allez-vous?

-       Nous allons en Inde !

-       Vraiment ?

-       Oui ! oui !

 

Je monte et m’installe sur le siège avant. Cinq adultes et quatre jeunes enfants sont à l’arrière du bus et semblent bien occupés. Le chauffeur, un grand blond plutôt maigre avec une longue chevelure au moins aussi débraillée que la mienne, referme la porte.  Il passe les vitesses une à une et lentement le bus prend sa vitesse de croisière. Autant les passagers sont jeunes, autant leur véhicule a de l’âge.  Mais le moteur tourne rondement et le passage des vitesses se fait lentement, mais sans fausse note. L’Inde est déjà dans l’autobus : l’ameublement, les tissus et même l’odeur d’encens omniprésente.  Aucun des passagers ne me salut ou même ne me lance un regard.  

 

J’entreprends la conversation avec le chauffeur, qui se présente : Michel. Ils sont de Lyon, tiens, tiens ! Mais je garde pour moi les détails de mon séjour là-bas. Ça fait deux ans qu’ils préparent ce grand départ. Ils vont traverser l’Italie et la Yougoslavie puis faire une pause dans le nord de la Grèce avant de traverser en Turquie. Puis ce sera l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan et l’arrivée en Inde.

 

-      Ce n’est pas dangereux ?

-      À partir de l’est de la Turquie, oui un peu.  Mais on se regroupe avec d’autres bus de voyageurs et on roule en groupe. Les brigands attaquent les voyageurs isolés. Si tu veux te joindre à nous, nous avons de la place. Toutefois, nous demandons une contribution aux frais.

-      Ah oui ! Intéressant, mon plan est de me rendre en Crète, mais bon, hier je m’en allais dans les Alpes, Dieu sait où je vais aller demain.  Je vais y réfléchir.

 

La proposition me prend de court. Pierre, qui m’avait refilé le contact des militants de Paris, avait fait un long séjour en Inde et n’arrêtait pas d’en parler. L’Inde attire, mais me laisse plutôt froid pour le moment. Par contre, traverser l’Orient en bus pour une somme dérisoire, ça demande réflexion.

 

Le bus roule à pas de tortue.  J’apprends qu’ils évitent les autoroutes, pour voir la vie de gens, économiser des sous et puis de toute façon leur véhicule ne peut aller très vite.  Ils feront une exception de Nice à la frontière italienne, car la route nationale qui emprunte la corniche rend la conduite un peu compliquée pour leur bus et celle qui longe la mer est très encombrée.

 

Le chauffeur semble peu motivé à poursuivre la conversation. Il semble distant et cultive un air détaché, cool, commun aux amateurs de marihuana. J’en ai été dans mon adolescence, mais assez rapidement des poussées d’anxiété m’ont fait renoncer à la chose.  Depuis, de temps en temps, je fume une bouffée pour avoir un léger buzz et accompagner des amis. Mon truc, c’est plutôt l’alcool. 

 

Les autres passagers restent vers l’arrière et nous nous croisons lors des pauses.  Les enfants ne manifestent aucun intérêt aux étrangers, en tout cas pas pour moi. Bien que je sois moi-même un marginal et que je partage leurs valeurs, j’ai horreur de cette fausse distance qu’ils semblent avoir avec leurs émotions : il faut être cool. Moi, j’aime ça quand c’est hot ! L’intensité, l’émerveillement, le dynamisme et aussi la peine, la rage ou même la colère quand ça ne va pas bien. 

Quand nous roulons sur l’autoroute, j’apprécie les kilomètres qui défilent et je ne me vois pas reprendre la route nationale par la suite.  Je prends la décision de descendre à la frontière italienne et de garder mon plan : me rendre à Brindisi prendre le traversier pour la Grèce. Tout étant cool, Michel ne manifeste aucune réaction quand je lui fais part de mon choix.

 

-      Parfait, tu me diras quand tu voudras descendre.

 

Comme je crains les délais au passage de la frontière, un tel bus de jeunes hippies doit susciter la suspicion, je descends entre les deux postes et je franchis à pied la frontière italienne.  Je passe sans problème, on a beau dire le passeport canadien est gage de confiance.  Puis je m’installe au bord de l’autoroute qui est large et offre tout l’espace aux véhicules pour s’arrêter, un endroit idéal. Avant même que le bus de mes Lyonnais ne passe, un minibus s’arrête. Ils parlent anglais et s’en vont à Genova. Parfait !

 

C’est un groupe d’Australiens qui sont très volubiles et enchantés d’être là.  Il faut dire que cette autoroute est spectaculaire. Nous roulons à flanc de montagne surplombant la Méditerranée. Nous passons d’un pont à un tunnel. Chacun d’entre eux à un nom et la longueur est indiqué. Par contre, même si je parle anglais, j’ai de la difficulté à suivre la conversation de mes Australiens.  Non seulement ils parlent fort et en même temps, mais ils ont un accent vraiment étrange et je dois deviner les mots qu’ils utilisent. Mais me retrouver auprès de gens qui manifestent de l’enthousiasme de voir du pays et de communiquer avec moi est bien agréable. Les kilomètres s’envolent rapidement et nous arrivons à Genova où je décide de poursuivre ma route malgré l’heure tardive. 

 

On me dépose à un rond-point. Le minibus plonge vers la ville et moi je me poste à l’embranchement qui mène à l’autoroute où faire du stop est interdit.  J’ai pris la peine de me faire un petit écriteau dans mon cahier prévu à cet effet : Roma.

 

Rapidement, un camionneur me hurle par sa fenêtre Milano. Je lui fais non de la tête, puis plusieurs autres me font la même proposition ou encore Torino, qui est encore moins dans la bonne direction. La noirceur tombe et je dois me rendre à l’évidence : ça ne sera pas facile de partir d’ici et je devrais peut-être attendre à demain pour poursuivre. Je décide de marcher sur la route plongeante qu’ont empruntée mes bons Australiens. Il fait froid.

 

Après une vingtaine de minutes de marche, je vois un petit boui-boui avec une affiche faiblement éclairée que je n’arrive pas à déchiffrer, mais il y a de la lumière à l’intérieur. J’y entre, affamé et un peu gelé. J’y vois des tables modestes et des chaises qui ont connu la guerre et derrière le comptoir une jolie jeune italienne à la belle chevelure brune et aux yeux pétillants en compagnie de  probablement sa mère qui s’affaire à essuyer des verres. 

-      Bona sera ! Les quelques mots d’italien appris sur les chantiers de construction de Montréal me permettent de balbutier des mots de politesse.

-      Bona sera !

-      Est-ce que vous parlez français ?

-      Oui, me répond la mama. Bienvenue à Gènes ! Elle a un bel accent italien, mais maîtrise manifestement bien notre langue. J’ai travaillé quelques années à Nice, c’est ce qui m’a permis d’acheter cette trattoria.

-      Est-ce possible de manger un sandwich, je suis affamé ! 

-      Je peux vous faire des pastas.

-      Non, merci, un sandwich sera plus rapide, je dois reprendre ma route avant qu’il ne soit trop tard.

-      Où allez-vous ?

-      À Brindisi, prendre le traversier pour la Grèce.

-      Mais c’est à l’autre bout de l’Italie.

-      Je sais.

-      Pourquoi, ne prenez-vous pas le train ?

-      C’est moins cher en stop, je n’ai pas beaucoup d’argent.

-      Mais le train en Italie, ce n’est pas cher. Je vous prépare une sandwich à la mortadelle et je vérifie.

-      Merci, vous être trop bonne !

 

Manifestement, un peu perdu pour ma première journée dans un pays à la langue , je suis bien tombé.  Une mama bienveillante allait s’occuper de moi !

 

Le sandwich généreux arrive rapidement. Je tente de prendre mon temps pour mastiquer, sans succès : je suis affamé. Pendant ce temps, mama fait des téléphones et je jette des coups d’œil sur sa fille qui est vraiment magnifique, mais elle évite de croiser mon regard.  On ne peut pas tout avoir. Mama griffonne sur un petit bout de papier et viens me voir après raccroché.

-      Voilà, il y a un train à 10h30 pour Brindisi avec une seule correspondance. C’est 32,000 lires. Il part de la Piazza Pincipe, c’est à environ 40 minutes de marche.  Si  vous vous perdez, j’ai bien écrit Piazza Principe, tout le monde connaît ici, ils vous indiqueront. Vous serez à Brindisi demain matin.

-      Merci beaucoup, vous être trop gentille. Le prix est bien raisonnable. Vraiment, quelle chance j’ai eue de tomber sur vous.

-      Ça fait plaisir d’aider un jeune surtout du Canada, un si beau pays avec un si beau premier ministre. Monsieur Trudeau, toutes les Italiennes en rêvent !

 

La décision n’est pas difficile à prendre.  D’une part, le prix est étonnamment bas et pas plus cher finalement qu’une nuit à l’auberge de jeunesse et d’autre part, j’aurais de la difficulté à ne pas suivre les conseils de cette mama qui m’a adopté si rapidement.

 

Je me prépare à partir. Je règle l’addition et elle refuse de façon catégorique le généreux pourboire que je voulais lui laisser. Avant de sortir, elle me prend par le bras et m’attire dans l’arrière-boutique, qui est en fait à l’extérieur.  Elle me tend une brosse à cheveux.

 

-      Vous savez en Italie, les cheveux longs ce n’est pas trop bien vu.  Vous devriez bien les brosser et les attacher, me dit-elle en me tendant un élastique dans son autre main.

-      Merci pour le conseil, je ne savais pas, lui dis-je en obéissant aux directives de ma nouvelle mama.

 

On se quitte. En marchant sur le bord de cette route moche, une bretelle d’autoroute qui zigzague dans une zone semi-industrielle,  j’ai l’impression d’avoir touché de près la beauté du monde. Je suis ému et je rumine ce plaisir qui me donne des ailes jusqu’à la gare. 

 

Malgré l’heure tardive, le train est bondé. Des gens de tout âge et bien chargés se disputent les quelques places assisses qui restent dans les compartiments.  J’en trouve une et je m’installe bien coincé avec sept autres personnes qui grimacent un peu en constatant ma taille. Les trains italiens semblent faits sur mesure pour les Italiens du sud, plutôt de petite taille, que pour un descendant de Normand. Rapidement la chaleur et la fatigue m’assomment, mais je dois rester vigilant, car j’ai une correspondance à prendre dans moins d’une heure et je n’ai pas de montre.  Je montre mon billet à mon voisin qui semble bien éveillé. Il me fait signe de la tête que je peux me fier à lui.

Je dors nerveusement et rapidement mon voisin me donne de délicats coups d’épaule. : 

 

-      Tortona

-      Grazzie

 

Je me précipite à la porte en bousculant les gens debout dans le couloir. 

 

La gare est petite et sombre. Quelques passagers y descendent, mais la quittent. Au bout de quelques minutes, seul un jeune homme, sac au dos, attend le train sur la même voie que moi. Je l’aborde :

 

-      Bona note !

-      Désolé, mais je ne parle pas italien !

-      Ah bon, tu es Français ?

-      Oui.

-      Moi, je suis Canadien. 

-      Ah bon. Vas-tu vers Brindisi prendre le bateau pour la Grèce ?

-      Oui, en plein ça !

-      Super ! je me présente : Philipe.

-      Moi c’est Daniel.

 

Et on se sert la pince. Il me raconte son histoire : il vient d’abandonner ses études et a décidé de partir faire la route. Comme il a peu de sous, il se dirige vers la Crète où il devrait trouver du boulot. 

 

Je suis bien content de trouver un partenaire d’aventure.  Il m’inspire confiance et nous décidons de faire route en semble. Avoir un compagnon calme mon anxiété de voyageur solitaire. Je passe une assez bonne nuit malgré la position inconfortable et la promiscuité : le train est aussi bondé que le précédent.

 

Arrivés à Brindisi, nous parcourons l’avenue qui mène au port.  De nombreuses agences offrent le passage vers la Grèce.  Nous nous entendons pour trouver le moins cher possible. Il y a un forfait qui se détache : Brindisi-Igoumenitsia de nuit en bateau puis l’autobus pour Athènes.  C’est moins cher que les autres forfaits et plus rapide.  En plus, nous aurons l’occasion de traverser une partie du pays et de voir le paysage.

 

Sur le pont du bateau, un jeune Grec nous aborde en français. Il travaille à Rome et se rend chez lui visiter sa famille pour Noël. Il maîtrise bien le français, l’anglais, l’Italien et le bien entendu le grec ce qui lui permet d’être serveur dans un restaurant très chic et de bien gagner sa vie. Il est très volubile et nous en apprend plus sur son pays qu’il a fui, pas pour des raisons politiques – la chute de la dictature est récente-, mais à cause du conservatisme de la société grecque, surtout celle des femmes avec lesquelles il n’y a pas moyen de ne rien faire sauf de se marier. En Italie, c’est plus ouvert et il en profite.

 

Nous dormons sur le pont.  L’air est bon et le ciel bien étoilé. Le lever du jour est magnifique et nous longeons la côte sauvage de l’Albanie. Je suis fasciné de voir ce pays , fermé aux étrangers, le plus pauvre d’Europe, mais qui est néanmoins le Graal pour les marxistes-léninistes-maoïstes désillusionnés par les virages de la Chine. Je me souviens d’avoir vu un portrait d’Enver Hoxha, leur président, côtoyer Marx, Lénine et Mao dans l’avant-boutique d’un local sur la rue Ontario à Montréal. Vu d’ici, c’est vraiment étrange.

 

Puis nous accostons au petit port d’Igoumenitsia. C’est un mignon petit village avec ses cafés qui entourent le petit port.  Des barques de pêcheurs en bois et colorés rappellent celles peintes par Van Gogh. De même, les chaises des petits cafés placés de façon désordonnée ressemblent à s’y méprendre à celle dans sa chambre de Arles.  Les écriteaux ont un alphabet comprenant des lettres inconnues, je n’y avais pas pensé, et donnent une allure exotique et paisible à ce nouveau pays pour moi. L’impression de voyager dans le temps me séduit et c’est avec émerveillement que je pose pied à terre.

 

La plupart des passagers restent à bord. Pour eux, la croisière se poursuit jusqu’à Patras. Ceux qui débarquent pour prendre l’autocar jusqu’à Athènes sont des jeunes grecs comme Yannis. Il nous invite à boire un café, le départ n’étant que dans 30 minutes.

 

Avant que le serveur vienne prendre notre commande, Yannis nous précise qu’en Grèce, on ne sert que du café grec et du Nescafé.  Même si c’est essentiellement la même chose, il ne faut JAMAIS demander un café turc. Les deux pays sont en presque guerre depuis toujours et de rappeler aux Grecs que leur culture a été marquée par les 300 ans d’occupation turque n’est pas une bonne idée. Au pays de Zorba, on ne rigole pas avec la fierté nationale !

 

L’autocar est confortable et le paysage sauvage et désertique. Nous roulons des heures sans voir âme qui vive, je suis surpris, car nous sommes toujours   en Europe. La route est longue, mais le paysage me comble, c’est le meilleur cinéma que l’on puisse s’imaginer. En plus, le visuel est accompagné d’un fond musical. L’autocar est équipé d’un système sonore potable que le chauffeur l’exploite avec goût selon Yannis. Il nous explique que la musique grecque moderne vient du rembetiko, un genre musical que les Grecs expulsés de Turquie au début du siècle ont rapporté avec eux. Il n’y a pas si longtemps comme genre musical, c’était plutôt marginal et mal vu, mais depuis que Theodorakis l’a adopté pour le film Zorba le Grec, c’est à la mode.  J’aime beaucoup ce style un peu blues, un peu oriental avec des voix naturelles, plaintives et langoureuses avec des accompagnements d’instruments à cordes, du bouzouki, et parfois de la clarinette. Je me sens en paix. Ce spectacle qui défile et la compagnie agréable de deux étrangers me semble la quintessence du voyage.

 

Puis au milieu de nulle part, nous arrêtons dans un café pour faire faire une pause.  La salle intérieure est plutôt grande, les tables en désordre et les murs complètement blancs sauf une petite photo au centre : l’oratoire Saint-Joseph de Montréal ! Je n’y fais pas attention, car pour moi c’est normal de voir ce monument. J’ai étudié quelques années au Collège Notre-Dame situé juste en face.  En fait, nous passions beaucoup de temps à le regarder, car nous faisions des paris à savoir qui arriverait en premier parmi les pèlerins montant à genoux le long escalier en récitant des chapelets. Ce qui agaçait nos professeurs qui ne comprenaient pas pourquoi nous passions notre temps à regarder à la fenêtre alors que : « …L’oratoire ne va pas s’envoler». Ce n’est qu’après avoir posé mes lèvres sur ma minuscule tasse de café que je réalise que c’est vraiment étrange d’avoir cette photo ici au milieu de ces montagnes arides et désertes.

 

Athènes est en même temps un lieu mythique, le berceau de la démocratie, peut-être la plus belle invention de l’humanité, mais aussi une ville qui a mauvaise réputation : le forum des premiers débats libres a été envahi par des hordes d’automobiles au moteur diésel en mauvaise condition et roulant au train d’enfer. On conseille de ne pas trop s’y attarder après avoir vu l’incontournable Parthénon qui trône de sa magnifique blancheur au-dessus du smog.

 

Philipe m’annonce qu’il va se rendre directement au traversier qui va partir pour la Crète dans quelques heures. Comme il ne lui reste que très peu d’argent, il préfère garder ses réserves et amorcer tout de suite ses recherches de travail.  Je le comprends, j’aurais de la difficulté à composer avec le peu d’argent qui lui reste. On se quitte comme des vieux frères. C’est fou comme se côtoyer et s’entraider sur la route peu rapprocher. Yannis reste avec moi. Il va prendre le traversier pour son île que le lendemain, en fin de journée comme moi.

 

Nous explorons le quartier autour de l’auberge de jeunesse qui est plutôt agréable et convivial. Les restaurants s’enlignent avec leurs vitrines exposant les plats offerts, tous ont l’air appétissants. Les odeurs enivrantes creusent mon appétit. On a peu mangé aujourd’hui. Puis apparaît une étrange offre bien en vue : Canadian Pizza ! À Montréal, si les Italiens sont omniprésents sur les chantiers de construction, les Grecs contrôlent la restauration. Probablement un Grec en a eu assez de l’hiver et est revenu ici avec ses recettes. Je n’irai pas vérifier.  Nous nous contentons d’un souvlaki mangé sur le pouce en marchant dans la ville.

 

Nous passons devant l’université qui a été au cœur de la révolte qui a entraîné la chute du régime des colonels.  Nous discutons et je brasse mes souvenirs du film Z qui m’avait bien impressionné. Une jeune grecque fait le pied de grue tout près de nous et Yannis l’aborde.  Elle attend une copine pour aller dans une discothèque tout près elle parle anglais, mais pas français et j’en profite pour taquiner Yannis comme quoi les jeunes Grecques ne sont peut-être pas si conservatrices qu’il le pense !

 

Christina est très volubile et vraiment sympathique. Je sens chez elle une certaine réserve qui me rappelle celle des gens de la campagne où les mœurs ont moins évolué qu’en ville. Sa copine arrive et nous mettons le cap sur la discothèque qui est situé dans un sous-sol.  Le lieu est assez vaste pour le peu de gens qui s’y trouvent. Ceux-ci ont la même allure bohémienne que dans n’importe quelle autre ville occidentale.  Elle nous présente ses amis qui sont enchantés de rencontrer un étranger. Le lieu semble réservé aux initiés, hors des circuits touristiques même ceux du type du Guide du Routard. Santana entraîne la plupart des personnes présentes sur la piste de dance. Le style est vraiment décontracté et je saute dans l’arène. J’aime bien danser même si je n’ai aucun talent. Un des jeunes me demande ce que j’aimerais entendre. Sans hésitation, je lui réponds : The Doors. C’est mon groupe fétiche. Une suite des succès des Doors se fait entendre comme je n’en avais jamais entendu. Tout le monde s’éclate et je suis au paradis. Sans alcool, sans fumée, que de la musique et des gens inconnus, mais accueillants. À la sortie, Christina et moi échangeons nos coordonnées, un petit baiser amical et un grand sourire sincère. La Grèce m’ouvre tout grand ses bras et j’y plonge avec bonheur.

 

Après avoir visité le Parthénon et la Plaka, je me rends au Pirée en fin de journée pour prendre le traversier, à l’endroit même où Kazantzakis a rencontré Zorba et l’a engagé dans son aventure minière.  Le vieux café a disparu et le port fourmille de véhicules de tous genres qui se faufilent vers une infinité de bateaux à la taille proportionnelle de l’île qu’ils desservent. La Crète étant la plus grande, je monte à bord d’un immense traversier où je grimpe jusqu’au dernier niveau. j’y ai une magnifique vue sur le port du Pirée et au loin Athènes qui s’illumine au fur et à mesure que la nuit tombe. La chanson que Nana Mouskouri chantait sur la stéréo de mes parents me trotte dans la tête : Mon Dieu que j’aime, ce port au bout du monde…j’y ai rêvé, j’y suis.

 

 

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