Septième étape: La Crète

 

 

À l’heure prévue, le bateau lève l’ancre. Je regarde le Pirée s’éloigner de nous puis j’entreprends la visite de notre traversier. Je découvre une grande salle où les passagers sans cabine peuvent s’installer. À l’arrière une bande de gitans bruyants s’anime.  Les femmes profitent des douches pour faire leur toilette. Elles s’entraident pour coiffer leur abondante et magnifique chevelure d’ébène. Les rires sont au rendez-vous.  Puis, des familles de modestes Crétois, ceux qui ont les moyens sont en cabine,  avec leurs innombrables sacs de provision pour passer Noël avec leur famille restés sur l’ile. Dans un coin, un petit groupe de jeunes voyageurs bohémiens. Je me joins à eux.

 

La majorité de ce groupe est allemande et ils conversent dans leur langue sans démontrer l’ombre d’une envie de s’ouvrir aux autres.  Je m’assois tout près d’une rouquine qui tricote. Ingrid est Norvégienne, de Trondheim une petite ville au nord, et revient de visiter son amoureux prisonnier au nord de la Grèce. Il en a pour une dizaine d’années pour possession de haschisch.  Elle m’explique que les Grecs ne rigolent pas avec la chose.  La horde de Grecs déportés de Turquie au début du 20e siècle y avaient pris de mauvaises habitudes et on veut s’assurer de ne pas contaminer la culture grecque où l’alcool est roi.

 

Elle me rappelle étrangement une amie du CEGEP, Thérèse.  Elle était un plus âgée que moi et nous avions développé une belle relation amicale. En ce qui me concerne, je n’avais pas d’attirance sexuelle pour elle, et je n’ai jamais tenté d’en savoir plus sur ce qui en était pour elle. Nous passions beaucoup de temps à discuter, elle était pour moi la grande sœur que je n’ai jamais eue. Ingrid ne ressemble pas physiquement à Thérèse, elle ne parle pas la même langue, mais c’est comme si elles avaient des âmes siamoises. Vraiment étrange.

 

Après lui avoir conté mon histoire, elle me propose de la suivre au petit village où elle réside, Myrtos, qui est situé sur la côte sud de l’ile. Cette côte est plus sauvage que celle où nous allons accoster, moins touristique et on peut y trouver du travail. J’accepte avec plaisir.

 

À la sortie du traversier, je suis ébahi par la présence de sommets enneigés sur fond d’un ciel bleu éblouissant. Le bleu du ciel grec. Ingrid m’entraîne au centre d’Héraklion où elle doit faire des achats, mais tout d’abord nous devons aller manger un truc dont elle ne se souvient pas du nom.  La chose en question ressemble étrangement à un bagel que l’on arrose généreusement du miel local qui a bonne réputation, les abeilles du coin butinant dans les montagnes sauvages couvertes de fleurs et d’herbes odorantes.  C’est délicieux. Puis le café. Elle ne s’est pas habituée au café turc, oups grec! Elle opte pour le Nescafé, je lui explique que c’est contre ma religion de boire ce produit infect et me régale de mon café métrio – mi sucré-. Puis, elle doit s’approvisionner en laine. Celle du pays est brute, de belle qualité et pas chère. Elle insiste pour que je m’en achète et que je profite de mon séjour pour me tricoter un chandail. Je n’ai jamais tricoté une maille, mais je cède. De toutes façon, ce n’est pas cher et, au pis-aller, je pourrai la revendre. 

 

Nous sautons dans le vieux bus vert. Nous y entrons par l’arrière où le préposé au billets nous attend à son petit bureau. Quand tous les passagers sont bien installés, il crie au chauffeur : Figué. On démarre. Le bus s’arrête un peu partout, il y a peu d’automobiles et c’est le moyen de transport local. La campagne est bien verte, quelques petits hôtels apparaissent, mais la majorité des habitations sont celles de modestes paysans qui vivent comme leurs ancêtres. 

 

Ingrid m’explique que la Crète est le berceau de la civilisation européenne. Avant Athènes, une société sophistiquée y vivait, les Minoens. Europa était une de leur déesse, en fait la mère du roi Minos.

 

Après trois heures de route, nous arrivons à Myrtos.  C’est un petit village en bord de mer un peu à l’écart de la route principale. Devant, la plage et derrière les montagnes arides et imposantes. Les rues du villages sont pratiquement libres d’automobiles, deux vieilles motos abandonnées par les allemands y ajoutent du piquant. Les commerçant en ont profité pour y disposer tables et chaises dans un désordre sympathique. Quelques hommes grecs y traînent en compagnie de jeunes marginaux. Ça me plaît beaucoup. Ingrid a déjà une chambre chez l’habitant et me recommande une petite auberge, Chez Maria, où l’on dort dans des dortoirs à bas prix et où il est également possible de manger. Elle m’indique l’endroit et prend l’autre direction. « On se reverra, Myrtos est très petit et tout le monde se connait. » (note : à moins que mon locuteur ne soit francophone, tous les dialogues à partir de ce point étaient en anglais mais traduit en français).

 

La pension Maria est constituée de quatre petites maisons donnant sur une cour commune à l’extrémité du village.  Le tout est propre et coquet. Maria, une femme dans la cinquantaine, m’accueille avec un grand sourire dans un anglais sommaire pimenté d’un fort accent. Il reste de la place tant pour dormir que pour manger. D’ailleurs, ce sera prêt bientôt. 

 

Je vais déposer mes choses sur le dernier lit libre de la petite maison qu’elle m’a indiquée. Elle a été transformée en dortoir et six lits y sont alignés. Il n’y a personne, mais je constate que mes colocataires sont ordonnés. Je devrai faire un petit effort pour me ramasser!

 

Je joins le groupe de jeunes qui discute dans la cour intérieure en attendant le repas. Tout se passe en anglais, mais chacun a son accent qui trahi son origine sauf une Anglaise qui a une prononciation déroutante pour un Nord-Américain comme moi. On se présente et je décris brièvement mon parcours.  Puis, un longue plainte de chat se fait entendre.  Je demande ce que c’est. Peter, un néerlandais, me répond que c’est un jeune chat gravement malade et qui hurle à longueur de journée. Je lui demande:

 

Il n’y a rien à faire? 

Non, c’est un chat sauvage et de toute façon il n’y a pas de vétérinaire ici.

Il faudrait peut-être mettre fin à ses jours?

Oui, mais personne ne veut le faire ! Le ferais-tu?

 

J’hésite un long moment avant de répondre.  Immédiatement, il me revient à l’esprit que lorsque j’avais loué ma première maison à la campagne, une chatte sauvage que les locataires précédents avaient abandonnée, avait mis bas à une grosse portée et n’arrivait pas à les nourrir.  J’avais demandé de l’aide au propriétaire qui m’avait répondu qu’on devrait en éliminer quelques-uns, mais que je devrais le faire. Il trouvait important pour un citadin comme moi, que je sois initié à cette pratique, qui tôt ou tard allait m’être utile. Je l’avais fait avec hésitation, un peu comme on plonge d’un haut tremplin pour la première fois.  Le moment de mettre en pratique cet apprentissage semble venu. Tous me regardent avec espoir que je réponde oui à cette demande. L’idée de tuer des animaux ne me plaît pas particulièrement et même si j’avais réussi mon test de la chose, c’est un acte que j’avais trouvé difficile à poser.

 

Mais ici, je sens que ce geste serait utile et apprécié, et que ce serait bon defaire un Zorba de moi, le mâle habitué aux choses manuelles et terrestres qui vient dépanner un intellectuel écrivain, Kazantsakis, remplacé par ces jeunes sortis des universités. J’accepte et je demande un sac à déchet et une pelle pour accomplir cette besogne. Avec Peter, nous nous éloignons un peu dans la campagne avec la pelle, le sac et le chat qui s’est calmé comme s’il pressentait la libération qui s’en venait.

 

Comme on me l’avait montré, j’allais étouffer le chat en le posant à terre et en l’écrasant avec mon pied. Il faut garder la pression un bon 5 minutes, bien après qu’il ait arrêté de respirer pour être certain de ne pas le laisser en vie. Pour ne pas voir ce spectacle pénible, j’allais faire une entorse au protocole, en mettant le chat dans le sac avant de l’étouffer, nous épargnant ainsi ce triste spectacle. Tout se passe bien et nous enterrons le petit sac avec son contenu bien immobile. Peter me remercie avec une chaleureuse poignée de main.

 

Au retour, je suis un peu secoué. Le Zorba en moi est moins solide qu’il veut bien en donner l’air. Nous sommes accueillis par des regards approbateurs, mais l’ambiance n’est pas à la fête. Puis Maria nous appelle, le repas est prêt, ça nous changera les idées.

 

Nous serons douze bien serrés autour de la table qui remplit la petite cuisine. Au fond, deux marmites fument. Tous se présentent. Assez curieusement, nous avons un échantillonnage des différentes langues parlées en Europe de l'ouest et un du Japon. Je suis le seu francophone et la discussion se déroule en anglais. La soupe aux lentilles est vraiment délicieuse mais le spaghetti qui suit est plutôt quelconque. Je demande pourquoi il n'y a rien de spécial pour la veille de Noël. On me répond que le Noël orthodoxe est plus tard.

 

Le repas est vite enfilé. Un petit groupe se dirige vers le café et on m'invite à les accompagner. J'accepte avec plaisir. On me suggère de prendre du raki, une spécialité locale, en fait une grappa, qui est servie dans de mignonnes petites carafes accompagnées de noix. Deux jeunes femmes se joignent à nous, l'une d'elles est spécialement jolie. Ce sont deux suédoises, Shashten et Ida . Ida est brune et passe l'hiver ici. Elle traîne sa balalaïka. Shashten est venue la rejoindre pour son congé des fêtes. Elle étudie en psychologie. Elle est blonde avec des yeux bleus très clairs et des pommettes rosées par le soleil. Elle est discrète mais répond bien à mes tentatives d'en savoir plus sur elle. 

 

Au fur et à mesure que les carafes circulent, la discussion s'anime. Le groupe qui regarde un film de cowboy sur la vieille télé noir et blanc s’impatiente. Nous décidons d'aller sur la plage rejoindre un autre groupe qui doit y faire un feu. Shashten me fait faire un petit tour du village. Il a un certain charme malgré de nombreuses maisons en construction. Mais le charme de Shasten fait passer le tout.

 

Nous longeons la plage et je remarque un buisson bien sec à côté d'un petit tas de retailles de bois de construction. Quand nous rejoignons les autres, deux gars s'époumonent à partir un feu qui ne collabore pas. Le bois semble humide et je vois une occasion de faire mon Zorba des bois. Je fais signe à Shasten que je reviens et je retourne sur mes pas pour aller chercher le bois sec que j'avais remarqué.

 

- Hey les gars, tassez-vous et laissez faire le Canadien qui a l'habitude de chauffer sa cabane du fond des bois par moins 40.

 

On me laisse champ libre. Je tasse leur bois humide et le remplace par ma pile que j'allume en soufflant sur la maigre braise qui est restée. L'effet est assez spectaculaire et je rajoute leur bois qui va sécher et finir par brûler. Une petite ovation suit et je peux reprendre ma place à côté de Shasten que je salue d'un clin d'œil. Elle me répond avec un beau sourire qui me fait vaciller. Un des jeunes hommes gratte sa guitare et marmonne un air inconnu. Le feu crépite, la Méditerranée flacote. Ida et Shasten discutent, je m’imagine dans un film de Bergman. La lune se lève sur les flots. Au loin, dans la montagne, les lumières des villages perchés scintillent. Moi, je bouillonne de désir.

 

Je prends une poignée de sable que je laisse couler sur la main de Shasten déposée tout près de moi. Elle me rend la pareille, puis Je pose la mienne sur la sienne et elle la serre. Nous nous rapprochons, elle pose sa tête sur mon épaule et je lui donne petit baiser sur son front encore brûlant de soleil. Puis nous échangeons un long baiser. 

 

Un peu plus tard, Shasten me suggère d'aller marcher. Elle m'indique la maison où elle et sa copine louent deux chambres et m'invite à entrer. Nous déballons rapidement nos cadeaux de Noël et nous nous retrouvons nus sous les draps, bien au chaud dans la chambre fraîche et humide. Son corps est doux et dégage des effluves qui stimulent tous mes sens. Elle est tendre et demeure étrangement passive. je vérifie si tout va bien, elle me rassure, elle m’excite, le divin est au rendez-vous. Nous nous endormons tendrement enlacés l’un contre l’autre.

 

Nous passons deux jours à marcher dans les environs et profitons de la plage et de la Méditerranée qui est fraîche à cette période de l'année. S'y baigner est une aberration pour les Grecs, mais un plaisir pour les nordiques comme nous. J'ai beaucoup de plaisir à discuter avec Shasten pour en savoir plus sur son pays et ses mœurs politiques qui sont un modèle pour les démocrates progressistes comme moi. Me balader avec une jolie blonde suédoise me procure un plaisir immense, un fantasme probablement partagé par la grande majorité des gars de ma génération. Je passe mes nuits avec elle et je profite également des siestes méridionales pour jouer avec son corps fin et mince. Sa peau bien rosée sent le pamplemousse. Un délice. Toutefois, la réputation des suédoises d’être à l'avant-garde de la révolution sexuelle en prend un coup. Shasten s'avère passive et prend peu d'initiative à part celle de me tirer par la main vers le lit, signe qu'elle apprécie nos ébats. Autrement, elle est plutôt stoïque. Je n'ose pas trop aborder le sujet et petit à petit un malaise s'installe en moi.

 

Un soir, trois jeunes françaises viennent nous rejoindre au coin du feu. Elles sont installées dans un village isolé sur la côte un peu plus à l'ouest, Arvi. Elles ont restauré deux petites maisons isolées où elles vivent pour presque rien. Un couple de Québécois s’y est  aussi installé. Autrement, il y a très peu de touristes car il n'y a pas de lignes d'autobus pour s'y rendre, on doit marcher 3 heures! Elles m'invitent à les visiter. Le surlendemain, le coeur gros, je laisse Shasten et je reprends la route.

 

Quitter Shasten fut une décision difficile à prendre et ça me tord le ventre. Bien sûr, de toute façon elle va retourner chez elle dans quelques jours, alors peut-être que j’aime mieux être celui qui laisse que d’être abandonné. Mais j'ai aussi une impulsion virale d'aller en avant, de foncer dans l’inconnu, de trouver le Graal qui doit bien m'attendre quelque part. Ici, il y a toujours quelque chose qui cloche et de bonnes raisons pour ne pas les régler. Oui, j'aurais pu tenter d'en savoir un peu plus sur Shasten, pourquoi est-elle si gênée, mais pourquoi elle m'a fait confiance si rapidement. Je ne me sens pas très bien de ma lâcheté de ne pas être aller plus loin avec cette femme qui m'a tant plu. Je me sens ligoté dans mes limites et en même temps j'ai une impulsion viscérale de partir, aller ailleurs. Partir, la belle affaire, mais rester comment faire?

 

J'ai le temps de ruminer ces pensées car il y a peu de véhicules qui passent et faire du stop en Grèce n'est pas facile. Mais je sais qu'à 10h30 le vieux bus vert va passer avec son contrôleur qui va crier figué lorsque j'aurai pris place. Je lui ai fait part que je veux aller à Arvi et il me répond par signe de ne pas m'inquiéter, il va m'avertir. L'autobus entreprend une longue montée. Le moteur se plaint. Le passage des vitesses est ardu et un gargouillement se fait entendre à chaque passage. Le paysage est magnifique et désertique. Des petits buissons arides couvrent le sol. Quelques oliviers au tronc noué par les siècles parsèment cet univers biblique. Tout à coup, le bus fait un saut, boum, boum! Les passagers poussent un cri d'émoi. Un Grec m'explique: A very big snake. Très rassurant pour la randonnée qui va suivre: j'ai une peur bleue de ces bestioles inexistantes dans mon pays polaire. Peu après, le contrôleur me fait signe. 

 

Le bus rond et vert s'éloigne. Son ronronnement disparaît à son tour et je me retrouve seul à la croisée de deux routes, une pavée qui sillonne en corniche perchée entre la mer et les sommets enneigés et l'autre en terre qui plonge vers la Méditerranée qui ondoie tout en bas. Il n'y pas âme qui vive et le silence calme mon âme tourmentée. J'entreprends la descente charmé par cet environnement. À chaque virage,  se trouve une chapelle miniature où brûle parfois un lampion en mémoire d’une personne qui y a trouvé la mort. Bien content d'être à pied. Puis au détour d'un virage apparaît un âne attaché et un peu plus loin un couple qui cueille les olives. Lorsque je m'approche d'eux ils me font signe de venir. Heureusement, j'ai été initié à la façon grecque de faire car elle est exactement à l'inverse de la nôtre: en agitant la main de bas en haut.

 

Pendant que la femme continue de fouetter les branches de l’auguste olivier afin de faire tomber les olives bien noires sur la toile étendue au sol, l’homme vient à ma rencontre et me tend la main.

 

Yasou!

Yasou!

Englica? (Anglais?)

Oshi, Canada Galica (Non, Canadien-Français)

Oh! Pola crio! (très froid)

Né (oui)

 

Comme nous avons fait le tour de mon vocabulaire, notre conversation s’arrête. Il me fait signe de m’assoir sur une  grosse roche et ouvre son sac de victuailles d’où il extrait un verre et une bouteille de vin, une miche de pain et un sac d’olives. Il me sert un verre, arrache un bout de la miche et met quelques olives sur un morceau de tissu. Je suis impressionné par l’accueil de ce vieux couple dont l’habillement à bout de souffle trahi la précarité de leur mode de vie. Néanmoins, ils partagent avec moi, un inconnu arrivant d’un pays lointain et riche, leur maigre repas. La dame regarde le tout avec un sourire bienveillant. Pendant que je mâchouille le pain et sirote le vin, en regardant mes deux vieux qui ont repris leur travail d’un autre temps, j’ai l’impression de participer à une cérémonie spirituelle ou encore une leçon de vie. Je prends bien mon temps pour déguster ce que j’ingurgite et ce que je vois, mais arrive le moment où je dois quitter ces vieux sages qui m’ont, en quelque sorte, transmis une vérité sorti de la nuit des temps: l’accueil de l’étranger est sacré et source de bonheur. 

Je me lève et je vais les saluer avec un grand sourire. Ils me répondent de la la même façon exhibant leurs dents marquées par les années de vie et l’absence de soins. Je reprends ma descente interrompue par ce court passage au paradis.

 

De temps en temps une petite camionnette passe, mais je ne fais pas de stop. Je me laisse porter par mes jambes devenues légères par la descente et ma tête qui flotte. Arvi se pointe, le village est calme, personne. Il s’étale le long de la plage et s’enfonce dans la petite vallée où l’on retrouve la seule bananeraie d’Europe. Une petite route s’y enfonce bordée de petites maisons modestes. Je suis le parcours que m’ont indiqué les Françaises, passe le petit ruisseau qui traverse la route et arrive au bas d’un petit button où trônent trois petites maisons jadis abandonnées que mes amies ont retapées. Je monte le petit sentier qui y grimpe abruptement et j’aperçois Marie-Claire qui s’affaire.

 

- Hé ho, Marie-Claire!

Daniel, tu as tenu parole!

Thérèse, Xerkès, on a de la visite…

 

Elles sortent de l’une des maisons et m’accueillent toutes les trois par une chaude accolade. Je suis un homme choyé. Elles me font visiter leur domaine. Une petite maison d’une seule pièce sert de cuisine et de salle de séjour. Il y a un petit matelas pour la visite. L’autre leur sert de dortoir où elle dorment et l’autre de latrines à ciel ouvert. On doit puiser l’eau un peu plus bas, il n’y a pas d’électricité mais une cuisinière au gaz, une lampe à l’huile et le tout est décoré avec grande simplicité mais avec goût. On a une vue magnifique d’un côté sur le village et la mer, et de l’autre sur l’immense falaise qui isole le village des vents. Le lieu domine le village et je m’y sens instantanément à l’aise.

 

On m’offre le thé que nous buvons dans la cuisine. Les gens du village leur ont offert quatre chaises typiques du coin en bois avec le siège tressé, exactement comme celle de la chambre de Van Gogh, un table en bois bien patinée par le temps mais qui reste  stable. Puis elles m’offrent de faire un tour du village.  Elles doivent prendre du vin chez Paule et Bernard, les deux Québécois dont elles m’avaient parlé et qui attendent ma visite avec impatience.  

 

Nous descendons le sentier tout de suite après avoir rejoint la petite route, la maison de Paule et Bernard apparaît au moment où Paule en sort.

 

On vous amène un Québécois!

Ah ben maudite marde, on est allés au bout du monde pour avoir la paix, pas moyen, dit-elle avec un grand sourire

Elle m’embrasse: moi c’est Paule.

Daniel, vous venez d’où?

De Québec et toi?

De Montréal, mais j’habite dans le Bas-du-fleuve

Hey Bernard sors de là, on a de la visite

Il apparait un peu endormi. 

Hey Salut! On t’attendait, bien content que tu aies décidé de venir. On va pouvoir fêter le jour de l’an ensemble. On attend un autre Québécois, Kevin, un Irlandais qui habite à Schefferville. Il traîne sa guitare. 

 

On s’entend pour se revoir en début de soirée. Nous poursuivons notre marche et après avoir passé le ruisseau, Marie-Claire me montre une maison où un escalier permet d’accéder à la partie habitable, le rez-de-chaussée devait servir aux animaux mais il n’y en a plus.

 

C’est là qu’habite Barba Yannis, un ami. C’est un homme d’un certain âge qui vient du nord de la Grèce.  Il ne parle que le grec, ça nous permet de pratiquer. On ne sait trop pourquoi il s’est installé ici, mais il semble isolé des autres. Viens, je vais te présenter.

 

Nous montons les escaliers. Comme souvent en Grèce, la porte est ouverte mais un rideau de bandes de plastique permet de garder une certaine intimité.

 

Barba Yannis? Barba Yannis?

 

Un homme de bonne taille apparaît, bien droit le visage buriné, percé de deux yeux bleus bien brillants. Il me salue.  Marie-Claire nous présente. Il dit quelques mots que personne ne me traduit et nous continuons notre route. Au village, il n’y a ni café, ni restaurant, ce qui en dit long sur sa petite taille. Le seul commerce est une toute petite boutique à la porte ouverte mais où il n’y a personne pour nous accueillir.  On y retrouve l’essentiel pour se dépanner, lorsque la patronne y est. La plage est agréable mais déserte. Arvi est un village à l’écart et la population survit grâce aux bananes et autre produits agricoles.

 

Nous remontons à la maison pour préparer le repas. Marie-Claire est la leader du trio et aussi la cuisinière. Au menu ce soir des empanadas farcis aux herbes qu’elles ont ramassées le long du ruisseau suite aux conseils reçus de Barba Yannis. Ramasser des herbes sauvages est une tradition en Grèce et on en retrouve un peu partout servies en salade tiède arrosées d’huile d’olive et de jus de citron. Marie-Claire, qui a voyagé en Amérique du Sud, a adapté le concept.

 

Elles m’expliquent comment elles sont arrivées ici il y a deux mois et ont réussi à occuper ces maisons abandonnées en échange de leurs efforts pour les rendre habitables de nouveau. En se nourrissant de produits locaux, elles vivent pour presque rien mais leur séjour tire à la fin. 

 

Tel que convenu, une fois tout remis en place on redescend chez Paule et Bernard pour y passer la soirée. Elles me préviennent que tous les deux ont l’esprit à la fête, autrement dit, ils boivent beaucoup, mais ils ont le vin joyeux. La soirée est fraîche et nos amis sont à l’intérieur. Lorsque nous entrons dans le petit espace, il fait bon: un feu est allumé dans la cheminé. Surprise, ils sont trois! Kevin est arrivé. C’est un rouquin, il est Irlandais après tout, à la chevelure abondante. Il s’exprime très bien en français avec un charmant mélange d’accent québécois et anglophone. Sa guitare trône au milieu de la pièce encombrée de deux longues branches de bois dont les extrémités brûlent dans le foyer. On nous sert à boire, un gros cube de vin annonce que l’on ne manquera pas de carburant. Tous se présentent, chacun raconte sa petite histoire, puis on planifie la soirée du lendemain, la veille du jour de l’an. Pour le jour de l’an nous sommes tous invités chez Barba Jannis qui prépare un grand repas typique. Peu à peu, la discussion s’anime puis Kevin attrape sa guitare et se met à chanter divers airs puis se met à improviser des couplets de blues que j’accompagne avec un harmonica que je garde toujours avec moi, au cas. Il improvise en anglais, en français et même en grec. Faut dire que le public est enthousiaste et la soirée joyeuse.

 

Un peu éméchés, nous remontons sur notre perchoir et c’est avec plaisir que je m’effondre sur mon matelas dans la petite cuisine. Avant de tomber dans les bras de Morphée, je regarde par la fenêtre le ciel étoilé qui veille sur cette ile isolée encore à l’abri de la modernité mais pour combien de temps?

 

Le lendemain, je vais explorer le fond de la vallée où un monastère est agrippé au roc loin de toute âme qui vive. Le soleil est bon et je profite de la chaleur somme toute timide pour aller patauger dans la Méditerranée où il fait bon de flotter tant elle est salée. Puis je vais donner un coup de main à Bernard pour préparer le plat principal de la soirée: une soupe à l’oignon dont la particularité est que le bouillon sera essentiellement du vin rouge, comme un coq au vin. Il m’explique que le tout doit mijoter quelques heures pour que le vin se transforme en bouillon.  Mais avant, il faut peler et couper une quantité impressionnante d’oignons plus ou moins bien séchés qui nous brûlent les yeux. Trois Américains rencontrés sur la plage vont se joindre à nous.

 

Le scénario de la veille se répète, mais le fait que ce soit la veille du jour de l’an fait monter la tension d’un cran et les nombreux toasts à la santé de ci, de ça et de la nouvelle année fait que je perds le fil. Je ne reprend connaissance que le lendemain, sur mon petit matelas avec un affreux mal de tête et une indigestion carabinée. En faisant des allers-retour aux latrines, je constate que mes voisines dorment paisiblement.  Lorsqu’elles se réveillent, j’apprends que pour la première fois de ma vie que j’ai fait un « black out », je n’ai aucun souvenir de ce que j’ai fait ou dit la veille. On me rassure, j’étais plutôt exubérant, j’ai bien taquiné les Américains mais le tout est resté gentil et convenable. Comme j’ai du mal à soutenir les conversations à cause de mon mal de bloc, je libère la place  pour aller m’étendre à l’ombre sur la plage. Au retour, j’arrête pour m’excuser auprès de Barba Yannis car je n’ai ni l’estomac ni la tête pour participer à son repas.  Il semble bien comprendre la situation qu’il a surement déjà vécue et m’invite à m’asseoir. Il me prépare une soupe au riz et à l’ail en me disant que ça va me remettre d’aplomb. Effectivement, elle passe bien mais la seule chose qui me convient en ce moment, c’est de retourner me faire bercer par Morphée. 

 

Le lendemain, je suis plus d’aplomb. Le ciel est bleu grec, c’est-à-dire sans un nuage et d’un bleu intense. Il fait chaud et nous décidons de faire une journée plage pour se remettre de tous ces excès. Tout notre groupe se retrouve en maillot serviette sur le sable chaud. La mer clapote invitante. Je reprends vie et pour bien le manifester je me précipite en courant pour me jeter à l’eau et pour sortir de la torpeur qui m’a envahi. Mais en courant, une douleur atroce me transperce le pied. Je m’arrête pour constater que j’ai une plaque d’acier bien rouillée qui me pend au talon, retenue par trois clous aussi rouillés et bien ancrés dans ma chair. Je me jette à terre et j’arrache le tout rapidement. Ça va mieux, le petit groupe accourt, rien de grave, je saigne un peu mais on convient que je serais mieux d’aller en ville pour recevoir une injection contre le tétanos.

 

je décide de partir le lendemain, il faut remonter probablement à pied et reprendre l’autobus pour Iraklion qui passe en fin d’avant-midi. La soirée est tranquille. J’apprends que Marie-Claire va aller rejoindre Kevin aux Pays-Bas. Il travaille dans une petite usine de briques et il pense qu’elle pourrait y travailler et ainsi ramasser des sous pour son prochain voyage. Je prends les cordonnées de tout le monde et je fais mes adieux à ceux que je ne reverrai pas le lendemain.

 

Au petit matin, Marie-Claire me prépare un café et quelques tartines et je file après les avoir saluées affectueusement. Nous n’avons pas passé beaucoup de temps ensemble, mais je me suis senti bien avec elles.  Comme elles quittent bientôt, je ne reviendrai pas après avoir reçu mon vaccin.  Je planifie plutôt d’aller à Ierapetra où il est possible de trouver du travail. Si je veux prolonger mon séjour, je dois arrêter de piger dans mon maigre capital.

 

J’arrive à marcher sans peine et je remonte à pied.  Les quelques voitures qui passent ne s’arrêtent pas.  Pas facile pour un homme de faire du stop en Grèce. Par contre, même si elles étaient trois, mon trio m’a fait part qu’elles n’attendaient jamais bien longtemps lorsqu’elles tendaient le pouce.

 

L’auberge de Jeunesse d’Iraklion est plutôt négligée mais le service à l’hôpital est rapide et on me fait un traitement VIP, va savoir pourquoi, sans rien me demander en retour. Rien, pas un sou ! Je prends le premier bus vert pour Ierapetra.

 

Je m’installe à l’auberge de jeunesse où règne une ambiance agréable. Un grand italien, Lino, m’apprend qu’il travaille juste à côté, ils construisent un hôtel et ils ont besoin de bras. C’est dur, pas très bien payé, mais l’ambiance est bonne. Je reste tranquille pour être en forme le lendemain. 

 

Au petit matin, je pars avec Lino. Le patron confirme qu’il m’engage pour faire le même travail que lui: apporter le matériel aux tailleurs de pierres. Il me pointe une brouette déglinguée et me fait signe que c’est parti.

 

Je suis Lino. Le spectacle qui s’offre à moi est un véritable voyage dans le temps.  Une quinzaine d’hommes plutôt âgés sont assis en ligne, un marteau et un burin à la main, ils attaquent chacun une pierre difforme pour en faire un joli bloc carré. La montagne de pierres est de l’autre côté de la route. Un tas immense de pierres couleur terra cota. Chacune d’entre elles doit bien peser au moins 25 kilos. On les transporte une par une que l’on lève et jette dans la brouette qui accueille avec peine sa charge. Le truc, c’est de la mettre le plus vers l’avant que possible le afin que le poids soit sur la roue et non à bout de bras.  Puis, nous nous rendons aux tailleurs et la laissons à celui qui en aura besoin prochainement. Même si au fond d’eux, ils aimeraient bien qu’on les néglige afin de se retrouver en pause faute de matériel, ils sont sympathiques et, tel que Lino me l’avait dit, le tout se fait dans un climat bon enfant. 

 

Au début, ça se passe bien mais plus la journée avance plus c’est pénible. En fin d’après-midi, tous mes muscles me font mal.  Lino semble aussi en souffrir, mais il a de l’entraînement.  Aussitôt qu’on nous annonce la fin de la journée, nous allons déposer nos brouettes chancelantes et retournons à l’auberge où j’enfile mon maillot de bain sans attendre, car si je m’arrête, je ne me relèverai pas. Je file sur la plage et je marche lentement jusqu’à l’eau et je plonge. Je me laisse dériver sans bouger dans l’eau fraîche et salée qui est un baume sur mon corps meurtri. Je m’étale sur ma serviette, le soleil tiède caresse ma peau frissonnante et je m’endors. 

 

La fraîcheur et l’appétit me réveillent. Je rentre et je rejoins Lino qui s’est aussi assoupi. Nos voisins de dortoir, un Irlandais et un Danois se joignent, à nous pour aller au resto où nous engouffrons salade grecque et moussaka, rosé de vin rouge. Aussitôt ma dernière bouchée disparue et ma dernière gorgée envoyée, mes paupières me tombent et je retourne seul à l’auberge pendant que mes compagnons attaquent l’inévitable carafe de raki.

 

Le lendemain, je prends conscience de chacun de mes muscles jusqu’au plus minuscule dont je ne soupçonnais pas l’existence jusqu’à ce jour. Le scénario de la veille se répète sauf que je tiens bon pour la carafe de raki que nous vidons pendant que les tables se tassent et que les Grecs se mettent à danser. Il faut préciser ici que la clientèle des restaurants, des cafés et des bars est composée d’hommes grecs et de touristes masculins et féminins. Au début de la soirée, un grand groupe mixte fait une chaîne et s’agite à peu près harmonieusement selon les pas rendus célèbres par le film Zorba le Grec. Plus la soirée avance, plus on fait place à des danses solos, réservées exclusivement aux hommes grecs qui tournent, s’arrêtent, reprennent et font des enjambées hors d’équilibre.  Le tout est assez esthétique et viril. Pour ajouter au machisme, les habitués lancent des verres et des assiettes pour mettre un peu de piquant.  Les Grecs profitent de la visite des étrangères pour se payer des aventures qu’ils n’auraient pas autrement et il est hors de question que leurs femmes mettent le pied ici, sauf pour les grandes fêtes.

 

Le lendemain est encore plus pénible, mais je réussis à faire ma journée et c’est vendredi, veille de congé.

 

Le soir, nous retournons à notre resto-bar habituel où je discute avec un jeune Grec qui tranche dans le décor.  Il ressemble plus à un touriste avec sa chevelure blonde mi-longue bouclée. C’est un étudiant d’Athènes, Jannis, qui profite de ses vacances universitaires pour se faire quelques sous pour voyager. Je lui parle de mon travail exténuant et il me fait part qu’ils cherchent quelqu’un à l’usine d’emballage de concombres où il travaille. Il me suggère de m’y présenter lundi à 8h. Je lui réponds que j’y serai sans faute.

 

Après avoir passé la fin de semaine à récupérer, j’arrive à l’heure prévue. Jannis y est et me présente au patron, un homme costaud avec une voix à l’avenant qui ne parle pas un mot d’anglais et accepte de m’engager.  Je commence sur le champ.

 

L’usine est un hangar déglingué où l’on retrouve une emballeuse  de concombres qui est un tapis roulant qui s’enfonce dans un tunnel chauffant où le plastique vient recouvrir les longs concombres rectilignes. Une dizaine de personnes s’y affairent, des femmes à une exception et, oh surprise, ce sont des gitanes aux robes colorées et à la chevelure d’ébène. Étaient-ce celles qui étaient sur le traversier?

 

Jannis me présente et toutes me font de grands sourires en posant sur moi des yeux pétillants et attentifs.  Notre rôle est de remplir le grand bac de concombres qu’elles vont essuyer avec des éponges rustiques de façon à enlever les traces des produits chimiques qui les recouvrent. Le rythme est soutenu mais sans exagération. Lorsque l’on ne fournit pas la machine, le patron nous le fait savoir de sa voix intimidante. Instantanément, le rythme s’accélère et le silence se fait, mais dès qu’il repart, les discussions reprennent. Nos collègues sont intarissables. Elles parlent dans leur langue que Jannis ne comprend pas. Mais même sans rien comprendre, c’est tout un spectacle.  Tantôt elles rigolent et rient avec coeur, tantôt elles s’engueulent et il faut être vigilant pour ne pas recevoir un concombre par la tête, puis soudainement le calme et les rires reviennent.

 

Parfois elles se mettent au grec avec Jannis pour en savoir un peu plus sur moi. Qu’est-ce qu’un homme seul venu de si loin est venu faire ici? Est-il marié? Non? On planifie de me marier avec la plus jeune qui doit avoir pas plus de seize ans et qui est splendide avec un fin visage, des yeux de feu et une chevelure abondante qui dépasse de son foulard rouge vif. Leur monde est aux antipodes du mien. L’une des femmes a 32 ans et est déjà grand-mère, sa fille est à ses côtés. Ils viennent passer l’hiver ici dans des tentes faites de toiles de plastique où les conditions d’hygiène sont rudimentaires. La toilette de l’usine est dans un état assez spectaculaire. de telle sorte que j’y développe une rapidité d’exécution.

 

De temps en temps, le fils de l’une d’elle passe. Il doit avoir 3 ans. Il agrippe un concombre qu’il avale avec délectation en faisant un sourire qui ferait craquer un croque-mort. Il jette sur nous ses yeux de feu pour s’assurer qu’on l’a bien vu faire son mauvais coup. Alors apparaît le patron qui se met à crier à tue-tête et le met dehors  à coup de pied, le petit s’enfuyant prestement.  Mais inévitablement, il revient et moi aussi je craque pour ce petit être plein de vie. Je me demande bien ce que sera sa vie dans son monde parallèle au nôtre.  J’ai ici la chance de le côtoyer quelques moments et de réaliser que ce sont des gens comme nous mais qui doivent composer avec une réalité différente qui amène des réponses différentes. 

 

De jour en jour, la routine s’installe. Mes amis de l’auberge, Lino, l’Irlandais, le Danois quittent chacun leur tour et je me retrouve seul. Enfin, je ne suis pas seul, mais il n’y a pas de chimie avec ceux qui les remplacent. Jannis ne sort pas, il lit dans sa chambre d’hôtel. Je vais au resto, je bois trop. Les Grecs et leur machisme commencent à m’irriter. Il faut dire qu’après l’intensité de mes rencontres avec Shasten et le groupe d’Arvi, je tombe de haut. Un après-midi que je vide mes caisses de concombres sans entrain, je prends la décision de partir le lendemain. J’annonce ma décision à mes collègues prétextant que je dois rentrer au pays et leur réaction est conforme au reste: intense! J’en viens presqu’aux larmes, ce qui est très rare dans mon cas, je sens leur sincérité, même si je ne parle pas leur langue, je vois en elle des personnes aux émotions intenses et vrais et je réalise ma chance d’avoir vécu quelques jours dans leur univers et d’avoir créé une solidarité inévitablement entre collègues de travail.

 

Note: si vous avez des questions ou des commentaires, communiquez avec moi, ça me fera le plus grand plaisir! 

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