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Le blues du voyageur

  • 8 juil.
  • 4 min de lecture

La journée avait mal commencé. Un courriel m’annonçait qu’une transaction programée avec ma carte de crédit était refusé. J’avais eu des problémes la veille, à régler au pc. Puis, je compose difficilement avec la chaleur et ici c’est la canicule 365 jours par an, puis tous les cotés négatifs de mes étapes se sont mis à défiler au point d’envisager d’en faire un tableau. Bref du bleu tendant vers le noir.

Le problème de la carte de crédit se règle rapidement, une transaction louche, et service impeccable malgré que ce soit samedi soir à ma banque, ici c’est dimanche matin.

Au lieu d’aller déjeuner à côté aux chapatis qui coûtent rien, je vais plutôt en face, œufs bénédictines, cappuccino et pourquoi pas un deuxième à l’air climatisé en plus.

J’avais planifié d’aller visiter les twins towers Petronas. C’est bien beau  les quartiers pittoresques mais l’Asie est en train de devenir la locomotive économique du monde et je suis dans une des villes qui connaît un essor phénoménal. Ces twin towers en sont le reflet. Une autre raison m’attire vers ces édifices que je trouve d’une laideur contrairement à celles qu’elles ont en quelque sorte remplacé : le World Trade Center de New-York. Je n’y suis allé qu’une seule fois et c’était avec mon grand ami Raoul, décédé depuis. Je l’associe toujours à ce complexe au destin tragique. De plus, il est au cœur de ce voyage : je vais assister au mariage de son fils à La Réunion. Donc, cap vers les twins towers.

L’accès s’y fait par un méga centre commercial où la foule bigaré se presse. Tiens bonne idée, je vais y trainer voir ce que l’on consomme ici et en plus c’est bien climatisé. Je me rends à la billetterie pour constater que la visite des tours est complète pour la journée. Dans l’immense hall d’entrée déserté, on est dimanche, un piano raisonne du doigté plutôt primitif mais agréable d’un vieux Chinois sous le regard souriant du gardien de sécurité et d’une voiture de formule un accroché au mur. Une ambiance faite d’un mélange des genres surprenant qui me plait.

Puis le centre d’achat avec ses boutiques très haut de gamme, d’autres que l’on retrouve dans toutes les grandes villes et une série offrant les dernières nouveautés électroniques : drones, micros, mini-caméras. Je résiste péniblement et me contente d’un Ipen pour remplacer celui perdu, vendu à 35% moins cher qu’à Montréal.

Comme je ne bois pas d’alcool, je peux faire un écart coté sucre et je m’offre une assiette de fruits accompagnée d’une fondue au chocolat noir. Un couple occupe la table voisine. La femme a le visage complètement couvert de son voile noir et dois le soulever pour manger son cornet de crème-glacée à la cuillère. Quand ils partent, je constante que son mari a plusieurs sacs de boutiques haut de gamme dont un de Victoria Secret.

Je traine au centre d’achat, entres autres parce qu’à l’extérieur le déluge quotidien s’éternise. Mais le ciel fini par se tarir et je retourne à l’auberge par un autre chemin où je tombe sur le festival du durian. Durian ce fruit qui pue, grand sujet de discussion et y goûter était sur ma short list de trucs à faire

C’est big, il y a foule et on offre aux premiers arrivant une portion gratuite. On m’étampe la main pour contrôler les abus et j’ai droit au graal. L’immense fruit contient une chair crémeuse qui entoure son noyau. Une fois le fruit ouvert il dégage une odeur telle que c’est interdit de le consommer dans les endroits publics et les hôtels.

Ça sent, mais pas tant que ça, et ce n’est pas particulièrement désagréable. Le fruit est jaunâtre et de texture crémeuse. Son goût ressemble à celui du caramel en moins sucré, plus subtil avec un arrière-goût apparenté à la vanille avec un accent oriental, je dirais. Très agréable.

À l’intérieur de la bâtisse, qui fait penser à une grosse cabane à sucre, de grandes tables sont occupées par des groupes à l’ambiance familiale. Au centre des tables les durians plus ou moins entamés. À l’entrée, une équipe s’affaire à préparer les fruits. Ceux qui ouvrent la coquille manient adroitement une machette pour la fendre et en extraire sa chaire tendre. Plus loin quelques kiosques offrent différentes préparations, on y retrouve même les fameux pastels de nata portugaise, mais au durian, bien entendu. À la mezanine, une exposition d’œuvres d’art plutôt kitch sur le thème.

Sur le point de mettre un terme à ma visite, un chinois d’âge mur me salut et m’adresse la parole et m’invite à partager leur fruit, un peu hésitant, j’accepte. Il s’avère très enthousiaste et volubile, me pose des questions sur mon voyage. Il est accompagné de son fils et de sa bru. Tu es seul ? Oui, où es ta femme ? Au Canada, elle va venir me rejoindre en France, je prends une petite vacance. Sa bru en profite pour ajouter qu’elle aussi aimerait prendre une petite vacance et partir en backpacker solitaire au Japon. L’ambiance est bon enfant et très agréable. Il est d’origine chinoise, son père était né là-bas mais lui est né ici, Malaisien à 100%. Es-tu déjà allé en Chine ? Tu dois y aller, il y a beaucoup à voir et les gens sont extrêmement accueillants et c’est très sécuritaire. Plusieurs fois, j’ai laissé trainer mon sac pendant des heures et immanquablement, il y était toujours. Pas trop compliqué avec la langue ? Non, maintenant avec les traducteurs du téléphone c’est facile. Après un échange de photos et de longues poignées de main, je reprends mon chemin.

Mon blues du matin s’était dissipé.


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