Le vent dans le voile
- 8 juil.
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Si à Kuala Lumpur beaucoup de femmes portent le voile, en province elles le portent pratiquement toutes, voile plutôt léger, mais voile tout de même. Je n’étais donc pas surpris qu’une femme voilée travaille au Glamping où j’avais réservé mon hébergement pour la semaine. Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque je l’ai entendue parler un français impeccable.
Bien content d’utiliser ma langue mise de côté ces dernières semaines, nous avons engagé une longue conversation. I. est arrivée en France du Maroc à l’âge de 6 ans avec sa mère, ses frères et sœurs et son deuxième père. Je n’en saurai pas plus sur le sujet. Celui-ci et sa mère ont l’esprit entrepreneurial et vont ouvrir une boulangerie à Paris. Cinq autres suivront et ainsi I. passe son enfance et et son adolescence à y travailler. Elle développe son sens entrepreneurial et démarre une affaire de formation dans le domaine du commerce. Ça roule rondement, trop, burn-out début vingtaine. Elle décide alors de tout arrêter et de voyager.
Elle est ici comme bénévole pour deux mois et songe à prolonger de deux autres mois.
Pas du tout le genre femme soumise qu’on associe au port du voile. Je ne lui pose pas de questions sur le sujet, mais lui propose plutôt qu’au cours des jours qui viennent d’aborder le sujet lors d’une entrevue vidéo. Elle est enchantée de cette occasion pour partager ce choix avec moi et les auditeurs.
Pendant les jours qui suivent, elle s’avère de grand service pour moi et les autres clients. Elle prend même le relais d’une maman française à bout qui peine à s’occuper de son jeune garçon un brin hyperactif. Je me dis qu’à ce rythme, elle va se faire un autre burn-out.
Je reviens à chaque jour pour céduler un moment pour notre entrevue que j’entrevois comme un grand moment. Mais de jour en jour elle remet, remet, pour me promettre la veille de mon départ que l’on fera ça le lendemain après le petit-déjeuner, 10h30, alors que mon bateau quitte à midi. Je ne m’inquiète toujours pas.
Arrive le moment. Dans un premier temps, elle m’annonce qu’elle est mal à l’aise d’être filmée et préfère une entrevue audio. Un peu déçu, j’accepte. Puis elle va voir son manager et m’annonce qu’il a besoin d’elle et ne lui permet pas de faire l’entrevue. Alors là, je pète les plombs, je suis ici depuis 6 jours, le plus ancien client, et je ne peux l’accaparer pour 15 minutes; j’ai été patron et ça me semble n’avoir aucun sens. Je la recroise un peu plus tard avec son manager, qui ne semble pas trop comprendre ce qui se passe. Elle insiste pour que je n’insiste pas, que c’est sa responsabilité.
Je dois m’y plier, mais par après je réfléchis. Comme je les ai vu régulièrement ensemble tout au long de la semaine, je m’étais imaginé qu’ils vivent probablement une relation plus que professionnelle et c’est sans doute l’amant plutôt que le patron qui a mis son véto.
Le vent dans le voile a, semble-t-il, viré de bord.
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