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Tahiti, la France du bout du monde ?

  • 14 juin
  • 2 min de lecture

Je pensais bien me retrouver dans une France au loin dans le Pacifique sud, et bien non, ici c’est la Polynésie, française certes, mais avant tout la Polynésie avec sa population autochtone venue d’Asie parlant toujours sa langue, partie prenante d’une grande famille étalée à la grandeur du Pacifique. Ils ont leur propre président et leurs lois. Si tous, sauf de rares personnes âgées, parlent français, ils n’ont ni l’accent parisien ou radio-canadien.  D’avantage qu’au Québec, le “tu” y est de rigueur et le snobisme est réservé à quelques métropolitains qui n’ont pas encore réalisé que l’empire colonial est bel et bien mort.


Mais si cocotiers, manguiers et bananiers pullulent, ce n’est pas une république de bananes. La France et ses institutions tentaculaires offrent une floppée d’emplois qu’occupent les Polynésiens. À Hiva Oa, l’île de Brel, j’ai été estomaqué par l’omniprésence des diverses instances républicaines: mairie, bien entendu, mais aussi un genre de MRC, la préfecture, la gendarmerie, la police municipale, le dispensaire, les écoles, collège et autres. Sur la toute petite île de Tahuata le directeur de l’école, Félix un natif de l’île chez qui je logeais, m’a confirmé que tout son personnel est Polynésien.

Les routes, les parcs et les aires de loisir sont impeccables. La nature exhubérante est tenue en laisse par une armée de préposés vrombissant leur désherbeuse. La misère se fait discrète. Tout ceci se paie, le coût de la vie est similaire à chez nous, les Français polaires.

Ce qui diffère de la métropole, c’est l’accueil chaleureux de la population locale. Les “Oranas” et les salutations des gens que l’on croisent fusent et les conversations s’engagent à tout propos. C’est vraiment touchant et déroutant mais très agréable surtout pour un voyageur solitaire. Le tourisme est la première ressource économique de ce presque pays et la tradition d’offrir un collier de fleurs aux visiteurs n’est pas dénuée d’un sincère sens de l’hospitalité.

 

La société à deux vitesses 

 

Si aux Marquises on y vit entre Marquisiens à Raiatea c’est différent. Comme chef lieu du coin, on y retrouve hôpital, collège et autres institutions où travaillent de nombreux français expatriés; une colonie qui y vit un peu en marge. Par exemple, mes hôtes offrent leurs services à une clientèle exclusivement caucasienne, elle yoga et entraînement, lui plongée en apnée.

 

La gare maritime qui est le coeur de l’île illustre bien cette réalité. Au centre, les boutiques pour touristes, d’un côté la boulangerie/café française avec sa clientèle en majorité blanche et, de l’autre, le restaurant chinois à la clientèle plus colorée. On y mange souvent en grand groupe, sans grande discrétion, les rires fusent.

 

On peut voir la différence de richesse entre les deux groupes, mais c’est moins criant qu’en Amérique du Nord ou en métropole.

 

Les polynésiens s’obstinent à vivre à la québécoise : leurs commerces restent ouverts le midi, on y mange à midi et 18h, un seul plat où la quantité prime sur le raffinement et servi au “tu” partout. Un truc charmant, souvent la serveuse s’adresse à moi en chantonnant plutôt qu’en parlant.

 

J’ai donc décidé de comptabiliser ce territoire comme mon 51e pays visité. J’avais fait de même pour le Groenland, j’espère que Trump ne s’en rendra pas compte…


1 commentaire


André
14 juin

Merci pour ce compte rendu.


Question: "...les Français polaires."

Ça veut dire quoi..une expression que je ne connais pas.

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