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Vieillir

  • il y a 7 jours
  • 4 min de lecture

“Mourir, la belle affaire

Mais vieillir, ô, ô vieillir”

 

Brel n’a pas eu la chance de vieillir, l’abus de tabac en a fait son affaire. J’ai fumé, raisonnablement dirais-je, et je tiens la forme à 70 ans, et ce contrairement à mes proches jadis gros fumeurs, qui tels leurs volutes, se sont tristement envollés à tout jamais.

 

Ma vision de la vieillesse est fortement teintée par celle de mes parents, normal me direz vous, la génétique est un facteur prédominant question vieillissement et j’ai été témoin de ce long processus. Ma mère vit toujours à 95 ans et mon père est décédé à 93 du COVID. Par contre, dès 80 ans tous les deux ont commencé à en arracher avec la démence. Ils m’ont toujours reconnu, ce qui a rendu et rend toujours plus agréable les rencontres, mais néanmoins les deux ont fini leur vie dans une unité de soins en RPA avec leurs facultés fortement diminuées.

 

Leur cas n’est pas exceptionnel, la durée de vie s’allonge continuellement. On estime que 25% des gens ayant passé le cap de 65 ans vont atteindre les 95 ans. Mais, il y a un gros mais, 25% de gens qui atteignent 85 ans souffrent de démence, ce chiffre passe à 50% à 90 ans et 75% à 95 ans. Les Jeanette Bertrand de ce monde sont donc l’exception. La démence nous guette et quand la horde des baby-boomers vont atteindre ces paliers, ça va être compliqué. Ça s’en vient plus vite que l’on ne pense, dans 5 ans, et on en parle peu. Mourir n’est plus la belle affaire et nous devons nous adapter en conséquence.

 

Pour revenir à ma perception de ma vieillesse, j’ai eu la chance de prendre ma retraite à 60 ans et mon plan était de pouvoir en profiter jusqu’à 80 ans, 20 ans. Si j’ai la santé après, ce sera du gravy comme on dit. Je viens de passer le cap des 70 ans, donc la moitié. Ça passe vite, très vite, croyez-moi. Mais j’en ai bien profité, consultez ma page web pour en savoir plus.

 

En fait, pour revenir à Brel, l’idée est d’étirer au plus la distance entre le lit et le fauteuil avant de se retrouver du lit au lit et ce tant au niveau physique que cognitif et émotionnel. Oui émotionnel, car vieillir c’est aussi devenir une caricature de soi-même et, question caricature, j’en connaît un bout.

 

Ce tour du monde est dans ce cadre d’étirer cette distance, tout en demeurant dans ma zone de confort. J’ai le voyage et la distance facile, mais je dois rester prudent pour ne pas sombrer dans la solitude. Je suis au large, mais je garde la rive bien en vue.

 

La grande leçon que je retiens de ces 10 premières années, c’est de saisir les opportunités qui se présentent, et ce à tous les niveaux. À l’âge que j’ai, il est fortement probable qu’elles ne repassent pas ou bien que je n’aurais pas la forme pour m’y agripper. Moi qui ai tendance à remettre à demain toute tâche désagréable, je fais l’inverse pour ce qui me plaît. Ça garde jeune. Je vous invite à en faire de même, car même en restant sur place, des étirements ça se fait sur un petit matelas et même au lit, pour conclure avec Brel.

 

Mon père, dans ses dernières années de lucidité, m’avait confié avoir renoncé à voter à partir de 70 ans “Ce n’est pas au vieux de décider l’avenir du pays, c’est plutôt à ceux qui devront y vivre”. Le cas du Brexit lui a donné raison, les vieux ont décidé de quitter l’Europe alors que les jeunes voulaient y rester. Ils sont maintenant pris avec ce choix de ceux qui meurent peu à peu. Mon père a passé sa vie à observer et commenter par ses caricatures l’actualité. Et s’il parlait peu de lui, c’était pour moi un grand plaisir de parler politique en sa compagnie, il était un fin observateur et ses prévisions s’avéraient souvent justes.  Sa décision de ne plus voter n’en était que plus surprenante.

 

Laisser les jeunes décider, c’est aussi au cœur de l’accompagnement des personnes âgées et j’ai eu souvent des différents à ce sujet, car il y a un moment où les gens affectés de démence ou simplement de déficit cognitif n’ont plus le jugement nécessaire pour prendre de bonnes décisions. Bonnes décisions étant relatif, pour qui, la personne où son entourage? En accord avec ma famille, j’ai dû faire des choix auxquels mon père n’était pas d’accord. Même têtu comme il était, il s’est adapté et ces changements se sont avérés positifs.

 

Ce qui m’amène à ma théorie bien personnelle du paradis ou de l’enfer à la fin de nos jours. C’est bien mentionné dans la bible à la fin de nos jours et non après nos jours. On vieillit comme on a vécu et la plupart des gens finissent leur vie en sagesse et s’adaptent à la perte de leurs capacités, le ciel. Par contre, ceux qui ont mal vécu, vieillissent mal, amer, acariâtres, l’enfer. Il est important pour les proches qui doivent prendre soin d’eux de ne pas se laisser entrainer dans ce gouffre pour ne pas se retouver dans le même shème. Prendre soin, mais avec la distance dont l’aidant a besoin, il est trop tard pour l’aidé, l’aidant doit penser à son avenir et à celui de ses autres proches.

Vieillir la belle affaire, que je nous souhaite.


1 commentaire


Nathalie Cartier
il y a 6 jours

Je partage ton point du vue, comme tu le sais. Profitons au maximum, pendant qu’il est encore temps. 😊

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