Voyager: fuir, découvrir
- il y a 6 jours
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J’aime voyager. J’ai une longue histoire de voyages entrecoupée par les études, une carrière de gestionnaire d’organismes à vocation sociale et la garde partagée de mon fils, qui maintenant trotte à son tour.
Faut dire que je suis un enfant du voyage. Mes parents se sont mariés à Paris suite à un longue expédition en moto de Paris au Maroc. Leur bonheur saute aux yeux sur les photos de ces moments. Ils décident de se marier à Paris et je viens au monde à Montréal 8 mois plus tard. C’est là que ça va se compliquer. Mon père est concentré sur sa carrière artistique et ma mère en arrache, dépression post-partum. Elle a transporté à la maison l’orphelinat de son enfance où elle a grandi. Dès l’école primaire, je vivais dehors.
Voyager est un délicat équilibre entre l’exaltation de la découverte de la beauté du monde et la fuite de ses tourments intérieurs, qui veut veut pas, nous poursuivent peu importe où l’on va. Les grands écrivains de récits de voyage étaient pour la plupart des êtres souffrants, plusieurs se sont suicidé ou n’ont pas eu la peine de le faire, l’abus d’alcool et autres substances s’en est chargé. Pensons à Jack London, Ernest Hemingway, Jack Kerouac et plus récemment Anthony Bourdain. Même Sylvain Tesson a failli y passer suite à une beuverie. Tout ce beau monde ont bien écrit sur les beautés traversées et leur passion des découvertes mais ce sont en général peu attardé aux tourments qui les harcelaient.
Faut dire que c’est plus facile d’écrire ou de parler des autres que de soi. On peut toujours créer un personnage de fiction pour y arriver plus facilement, mais je préfère la méthode Annie Ernaux, une femme par hasard ? Mais ce n’est pas évident, ça prend du talent et du travail. Je suis paresseux et doué… en mathématiques. Mais je persiste et écrire me fait du bien en me permettant de préciser mes pensées et d’exprimer ce que je ne dirais probablement pas. Puis, avec la pratique, j’ai découvert le plaisir de la réécriture, un calvaire il n’y a pas si longtemps.
Une rupture amoureuse, un abandon pour être plus précis, a été à la source du présent cycle de voyages. Un classique me direz vous avec raison. Commencé il y a deux ans en Islande, au Groenland; le Bhoutan et Compostelle ont suivi, et me voilà en route pour un tour du globe. Je me gâte, avec une épaisse couche de glaçage.
Hier, à la recherche d’un texte écris sur mon IPad je suis tombé sur un mot à l’intention de celle qui m’a poussé sur la route, chez moi son ombre omniprésente était devenu insupportable. À la lecture de ce mot retrouvé, ma peine est remontée. Un deuil, amoureux ou autre, est une douleur, une attaque, qui va, vient et revient, mais avec le temps les assauts se font plus espacés et de moins en moins violents. Je me suis remémoré que cet abandon était inscrit dès le départ de notre relation, où elle a résisté avant de s’engager. J’ai insisté, elle a cédé, nous nous sommes envolés, puis l’huître s’est refermée pour de bon un an plus tard. Ça m’a aussi rappellé l’autre relation où j’ai vraiment pêté les plombs, en ce sens de tomber follement amoureux, avec G., une femme mariée, qui, bien qu’ayant succombé à mon charme -une exception dans son éternel mariage- n’avait aucune intention de quitter son ennuyant mari malgré sa passion pour le film des Ponts couverts du Madisson county. Je pouvais lire la peur dans ses yeux ainsi que celle de Sylvie dans ces propos et agissements. Deux femmes qui restaient distantes malgré un certain engouement intellectuel et surtout une passion érotique foudroyante.
Cette distance me ramène à celle de ma mère. On tente toujours de relever les défis que l’on n’a pu régler avec ses parents, c’est ainsi que je vois la passion amoureuse. C’est l’étincelle qui met le feu aux poudres. La maturité étant de trouver une personne avec qui le défi est relevable ou encore de changer de disque, tel que le disait David, feu mon psy.
Peu avant mon départ, j’ai entamé une relation avec une femme où le feu n’est pas aux poudres. Règne plutôt une douce brise chaude qui fait bon, entrecoupée d’envolées bienfaisantes. Mon départ était déjà planifié lors de notre rencontre et j’ai maintenu le cap, elle va venir me rejoindre pour une portion de ce périple. Comme elle l’a si bien dit : la distance solidifie les relations significatives et détruit celles sans potentiel.
“Dis, quand reviendras-tu, dis, au moins le sais-tu”Oui je le sais, le 28 septembre

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