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Île de Tahuata

  • 3 juin
  • 3 min de lecture

Je m’étais dit que cette petite île sans aéroport, 600 habitants, me ramènerait peut-etre à l’époque Brel, j’avais eu une bonne intuition. J’ai logé chez Félix, maire de la municipalité et directeur de la petite école primaire. Je dormais dans une chambre des plus modeste mais bien propre. Les aires communes étant essentiellement une grande terrasse qui donne sur une végétation équatoriale et l’océan Pacifique qui gronde nuit et jour, et avec une vue d’un angle parfait pour contempler les couchers de soleil qui s’avèrent brefs, on est collé sur l’équateur.

La bru et le fils du maire voient à l’accueil et la nourriture, je suis en demi-pension. Petit déjeuner et souper abondant et délicieux. Poisson local, viande, salade. Je ne suis pas le seul invité : trois jeunes hommes refont la cuisine de la cafétéria de l’école. Un Français nouvellement installé à Tahiti suite à un changement de vie devenu essentiel et ses deux assistants tahitiens, l’un aussi expansif que l’autre est discret, mais tous les deux sont absolument adorables…

Félix partage notre repas, le bénédicté en langue marquisienne est de rigueur, personne ne boit de vin, sauf moi, un verre ou deux par repas qu’on ne me facturera pas.

Sur l’ile, il n’y a qu’un seul résident français, ne passent que des “voileux” qui n’ont pas très bonne réputation encabané dans leur coque, radins, regardant les locaux de haut. Bon, moi qui n’ai pas le pied marin, j’exagère probablement un peu.

Ainsi je ne passe pas inaperçu quand je déambule. Tout le monde me salut et lorsqu’une conversation s’engage, le tu est de rigueur. Si l’eau est à une température divine, 25c, et cristalline, son accès n’est pas facile, le quai, car il n’y a pas de plage. En fait, y plonger est facile, remonter est un peu plus compliqué avec les vagues qui montent et descendent, léchant l’échelle gluante et glissante. Mais c’est ainsi que je suis au paradis sans horde de touristes, je suis le seul. Ce ne sont que les jeunes du village qui viennent batifoler dans cette eau où il fait bon de se laisser balloter. Les plus grands garçons viennent me serrer la main avec un air touchant d’adulte en devenir. Certains des plus petits me font un high five avec un sourire à faire craquer le plus profond dépressif.

Le petit village a un centre vivant où se regroupe l’église, magnifique, la mairie, l’école et une véranda rustique et une ou deux fois par mois, les villageois viennent cuisiner. Tradition intéressante, c’est en fait un grand pot luck où les repas sont vendus afin d’amasser des fonds pour une cause. Quand j’y suis passé, c’était pour la rénovation de L’église du village voisin. Ça peut aussi être pour une association ou autre. Un beau moment de partage où j’ai été accueilli d’une chaleur sincère sans grandiloquence ni politesse sussurée.

Il y a une petite chapelle protestante plutôt mignonne, mais ici on est catholique et leur église est vraiment magnifique, sans la grandeur et la froideur des nôtres. Bien triangulaire, avec un toit tout en bois et des murs en pierres ronde cimentées de blanc. Très harmonieux. Mais l’important est ce qui s’y passe, on y chante beaucoup, en polynésien sur des airs traditionels rythmé par un grand tambour typique, des guitares et un ukélélé. L’accoustique généreuse du bâtiment donne une unité et l’on ne peut qu’être emporté par ce mouvement divin. C’est à pleurer et ce n’est pas une expression. Vraiment très émouvant. Même le sermon sans fin du curré africain n’arrive pas à gâcher la cérémonie. J’en profite pour regarder les participants qui arborent les couleurs traditionnelles et les dames leur coiffe de fleurs éclatantes.

Ce fut le grand moment de ce séjour ponctué de petites rencontres qui sont la quintescense du voyage à vitesse réduite. D’ailleurs pour le rendre immortel, je me suis fait tatouer par le tatoueur du village, une tortue discrète sur un mollet. La tortue est un animal symbolique important ici, on le retrouve même à l’église au sommet du triangle de verrières qui trône derrière l’autel, rien de moins, symbolisant ainsi puissamment cette culture marquisienne encore bien vivante. J’y ai fait une brève immersion, elle est tatouée à jamais dans mon cœur.

Gémir n’est pas de mise aux Marquises…


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